À faire et à éviter quand on fait les galeries: guide pour voir l’art contemporain

Un guide sans chichis des choses à faire et à éviter quand on fait les galeries : comment regarder (vraiment) et comment se comporter (sans raideur), pour tirer davantage de l’art contemporain, de la sculpture et des collaborations en coulisses.

Faire les galeries, c’est un peu la version art du monde d’une longue marche, avec un meilleur éclairage. On entre, on ressort, on tombe sur une œuvre qui vous arrête net, et soudain la journée paraît plus vive. Bien fait, c’est une vraie remise à zéro du regard. Mal fait, ce n’est qu’une suite de pièces qui finissent par toutes se ressembler. Voici une lecture plus terre-à-terre des « dos and don’ts » de la tournée de galeries, où que vous la fassiez.

À faire : entrer avec une idée souple, pas un planning militaire

Ayez un plan, oui. Mais ne le transformez pas en punition. Choisissez un petit périmètre ou quelques lieux faciles d’accès. Autorisez-vous à rester si quelque chose vous accroche, ou à partir si ce n’est pas le cas. Certains jours, trois expos vous suffisent. D’autres, vous en verrez dix et vous ne vous souviendrez que d’une seule œuvre. C’est normal.

À éviter : traiter ça comme une course contre la culture

Si vous traversez les salles à toute vitesse juste pour pouvoir dire « j’y étais », vous ratez l’essentiel. L’art ne se donne pas toujours instantanément, surtout l’art contemporain, qui repose souvent sur le détail, la matière, ou des idées qui infusent lentement. Si une pièce semble silencieuse ou étrange au début, laissez-lui une minute. Souvent, l’œuvre attend simplement que vous vous posiez.

À faire : regarder avant de lire

Les textes de salle peuvent aider, mais ils peuvent aussi vous enfermer dans l’interprétation de quelqu’un d’autre avant même d’avoir la vôtre. Essayez ceci : restez un moment face à l’œuvre. Repérez de quoi c’est fait. Remarquez où vos yeux reviennent sans cesse. Si c’est une sculpture, faites-en le tour. Si c’est une installation, voyez comment elle modifie la pièce. Ensuite, lisez le cartel et observez ce qui change.

À éviter : toucher quoi que ce soit

Oui, même si ça a l’air solide. Oui, même si ça ressemble à une chaise. Oui, même si votre ami dit : « Je pense que c’est fait pour s’asseoir. » Sculptures et installations peuvent être plus robustes qu’elles n’en ont l’air, ou au contraire plus fragiles qu’on ne l’imagine. Si quelque chose est interactif, ce sera généralement explicite. Si ce n’est pas clair, demandez.

À faire : parler au personnel comme une personne normale

Vous n’avez pas besoin d’une voix spéciale ni d’un diplôme d’histoire de l’art pour poser des questions dans une galerie. Le personnel est là parce qu’il se soucie du travail, et la plupart seront ravis d’échanger si l’espace n’est pas bondé.

De bonnes questions sont simples :

  • Sur quoi l’artiste travaille-t-il/elle en ce moment ?
  • Comment ces pièces ont-elles été faites ?
  • Est-ce que cela s’inscrit dans un projet plus vaste, ou une collaboration ?
  • Y a-t-il des événements, lectures, ou textes associés ?

La question de la « collaboration » compte. Beaucoup d’expositions sont façonnées par des personnes qu’on ne voit pas forcément : fabricants, chercheurs, partenaires associatifs, collectifs, organisations locales. On ne s’en rend pas toujours compte au premier regard, mais c’est souvent inscrit dans l’œuvre.

À éviter : monopoliser l’espace (ou la conversation)

Si vous êtes en groupe, évitez d’avancer en bloc. Séparez-vous et retrouvez-vous après. Vous verrez des choses différentes, et vous ne boucherez pas involontairement la vue des autres.

Lors des vernissages, ne coincez pas l’artiste pendant vingt minutes. Il ou elle jongle souvent avec le stress, les amis, les inconnus et les questions sur le travail, tout à la fois. Dites ce que vous avez à dire, posez une question, puis laissez de l’air. Si vous sentez qu’il y a matière à poursuivre, échangez vos contacts et reprenez plus tard.

À faire : garder de bonnes habitudes avec votre téléphone

Si les photos sont autorisées, prenez-en une ou deux rapidement. Sans flash. Pas de filmage de toute la salle pendant que les gens essaient de regarder. Et s’il y a un panneau « photos interdites », respectez-le. Et puis : tout n’a pas besoin de devenir du contenu. Parfois, le mieux est de laisser une œuvre vous atteindre, sans la transformer en image que vous ne regarderez plus jamais.

À éviter : vous épuiser

La fatigue de galerie existe. Au bout d’un moment, votre cerveau aplatit tout en « sympa » ou « bof », ce qui veut surtout dire que vous avez besoin d’une pause. Prenez un café. Asseyez-vous. Sortez marcher dix minutes. L’attention revient, et la prochaine exposition retrouvera sa netteté.

À faire : vous autoriser à ne pas aimer

Vous avez le droit de vous ennuyer. D’être perplexe. De penser que ça ne marche pas. Ce qui aide, c’est d’être précis. Au lieu de « je déteste », essayez : « je ne crois pas au choix de matériau », ou « l’idée est intéressante mais l’exécution manque de densité », ou « c’est l’échelle qui me dérange ». C’est comme ça que votre goût devient utile, plutôt que simplement réactif.

À faire : finir avec une seule chose dont vous vous souvenez vraiment

Avant de conclure la journée, choisissez une œuvre et repassez-la mentalement. Décrivez-la : la surface, le poids, l’atmosphère, le détail maladroit que vous n’arriviez pas à quitter des yeux. Si vous pouvez faire ça, la journée n’a pas été un flou.

Et si quelque chose vous reste vraiment, revenez. Voir une exposition deux fois, même brièvement, peut être plus riche que de courir après la nouveauté à chaque sortie.

Faire les galeries n’a rien à voir avec « faire comme si vous étiez à votre place ». Il s’agit de venir avec assez de patience pour regarder correctement, assez de savoir-vivre pour ne pas gâcher l’expérience des autres, et assez de curiosité pour suivre le fil quand l’art contemporain, la sculpture et les collaborations culturelles tirent vers la même idée.